Un air de chapelle travesti (La viole de Gamba)

Résumé : Comme Le marchand de Tulipes et La barbe pointue, La viole de Gamba raconte une histoire de profanation, la viole semblant s'inscrire dans un réseau de termes qui renvoient, comme le violier du prologue de Gaspard de la Nuit (on y reviendra) à la violation et au viol. Ce qui est violé, c'est d'abord l'espace sacré, et le poème part d'un incident que l'on pourrait juger banal : une corde qui se casse et qui amène le maître de chapelle à désigner un coupable. On a pu attribuer à la majuscule de Gamba un rôle à la fois de leurre et de poteau indicateur. Il faut peut-être nuancer : d'une part, il ne semble pas que Bertrand ait attribué une importance systématique au choix entre majuscules et minuscules dans les titres du manuscrit de Gaspard de la Nuit, ce dont témoignent notamment des différences entre la présentation des titres sur les pages de garde et celle des mêmes titres en haut des textes ; d'autre part, Bertrand sait que l'éditeur Renduel, comme d'autres éditeurs de l'époque, aurait imprimé le titre en majuscules, gommant ainsi la distinction. Ce trait peut néanmoins avoir une portée sur le plan des intentions de Bertrand ; le lecteur qui ne connaît pas l'instrument de musique en question risque de prendre GAMBA pour un toponyme au lieu d'y voir le mot italien signifiant « jambe » qui désigne la manière dont on joue de cette viole en la tenant entre les mollets (les violes les plus petites étant tenues sur les genoux), l'instrument se distinguant ainsi de la viola da braccio. C'est ainsi que viole de Gamba se trouve à cheval entre formulations italienne viola da gamba et française viole de gambe ou basse de viole, son équivalent moderne étant le violoncelle. Selon l'idée astucieuse de Nathalie Ravonneaux, il pourrait s'agir d'un titre en style macaronique dans le droit fil des « macarons de Naples » du Raffiné et du « régal de macarons à l’huile et de polenta à l’ail » du « signor Arlecchino » dans La Chanson du masque. Rappelons, après Jacques Bony, que macaron ne désigne pas le gâteau que l’on appelle aujourd’hui de ce nom : on doit remonter vers les sources étymologiques de macaron, des macaroni qui pourraient désigner ici non pas les pâtes ainsi nommées aujourd’hui mais des gnocchi, selon l’emploi italien du XIVe au XVIIe siècles (TLF). Cet emploi du mot macarons présente peut-être un cas réflexif de français macaronique…
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La Giroflée : bulletin Aloysius Bertrand, Association pour la mémoire d’Aloysius Bertrand,, 2011, pp.89-108. 〈http://aloysiusbertrand.blogspot.fr/2012/04/nos-giroflees-en-ligne.html〉
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Steve Murphy. Un air de chapelle travesti (La viole de Gamba). La Giroflée : bulletin Aloysius Bertrand, Association pour la mémoire d’Aloysius Bertrand,, 2011, pp.89-108. 〈http://aloysiusbertrand.blogspot.fr/2012/04/nos-giroflees-en-ligne.html〉. 〈hal-01617857〉

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