Le "monde-Musique" de François Nicolas est-il (encore) le nôtre ?

Résumé : Ircam, le 8 avril 2016 Comment parler d'un tel ouvrage, d'une telle somme ? Une somme qui tout d'abord me laisse sous le coup d'une impression mélangée, paradoxale, voire contradictoire et parfois même source de malaise. Impression doublement mélangée, en réalité, faite d'étrangeté et de familiarité d'une part, de proximité et d'extériorité d'autre part. Étrangeté, puisqu'il y a une singularité absolue de l'entreprise, laquelle laisse en vérité comme médusé, d'où le peu d'écho qu'elle risque de susciter, du moins immédiatement, en dépit de la richesse et de la variété des réflexions dont elle témoigne. Mais familiarité, aussi, puisqu'en vieux « compagnon de route » de François, j'assiste depuis bientôt trente-cinq ans à la construction de cette somme, même si la rédaction finale en a été très resserrée : une année tout au plus, il y a six ans maintenant. Nombre de choses, encore non articulées entre elles, se sont alors nouées très vite, à la faveur, sans doute, de son enseignement à l'ENS. J'ai ainsi reçu l'un après l'autre, à la cadence d'un par semaine à peu près, la cinquantaine de chapitres qui constituent les quatre tomes, lesquels se présentaient plutôt alors comme les quatre parties d'un volume unique, chapitres que nous discutions chaque fois, même si je n'avais généralement pas le temps d'en digérer un que m'arrivait déjà le suivant. Je me retrouve donc aujourd'hui face à cette somme, six ans plus tard puisque les tomes achèvent juste de paraître, ce qui accentue encore ce mélange paradoxal d'étrangeté et de familiarité. Mélange par ailleurs de proximité et d'extériorité, puisque je reconnais dans cette somme des expériences musicales intimes qui furent pour moi décisives, expériences qui se trouvent ici portées dans le langage avec une pertinence, un renouvellement de perspectives et une précision parfois saisissantes – je pense bien sûr aux développements sur l'écoute et en particulier à la théorie du « moment-faveur », pierre de touche de toute l'affaire. Mais extériorité, aussi, parce qu'en dépit de cette reconnaissance, cette somme me demeure étrange, au sens cette fois d'étrangère, car j'ai le sentiment tout aussi intime que ce dont elle fait état ne saurait plus concerner notre temps, ne rend plus vraiment compte des expériences musicales, et plus généralement artistiques, auxquelles il convoque ; d'où le titre de cette intervention. Comment préciser cette double impression mélangée, ce malaise ? Un malaise, disons-le d'emblée, qui ne saurait être imputé à quelque contradiction que ce soit dans le propos ; l'ensemble est au contraire d'une cohérence intimidante, et ce malgré la variété des angles d'approche. Mais cette cohérence résulte en réalité de la méthode adoptée, qui essentiellement procède par affirmations : les principes et les thèses sont donnés par avance, puis vérifiés, toujours avec succès bien sûr, même si, ici ou là, quelques forçages sont nécessaires en dépit des exemples soigneusement choisis. Méthode que l'on dira axiomatique, voire dogmatique, et ce d'autant plus facilement qu'elle est assumée voire revendiquée comme telle. Loin d'être contradictoire, la somme n'est donc guère attaquable : le massif théorique est une citadelle imprenable, anticipant parfois même jusqu'aux objections, lesquelles sont alors aussitôt retournées à la faveur d'un maniement expert de la dialectique. Du coup c'est la somme elle-même, le massif en tant que tel qui crée le malaise. D'un côté il est une source immense de questionnements, mais de l'autre, pris dans son ensemble, il ne laisse le choix qu'à deux possibilités. Ou bien y pénétrer pour en faire un « horizon indépassable », et ce d'autant que les ouvertures offertes par la nature et la variété des questionnements, notamment dans le quatrième tome sur les « raisonances » du monde-Musique, paraissent bien souvent être des ouvertures en trompe-l'oeil. Ou bien le contourner, voire l'ignorer. À cet égard l'entreprise de François me semble assez proche de celle de Badiou en ce qu'elle n'offre guère d'autre alternative que : tout prendre ou ne rien prendre, y adhérer pleinement ou la rejeter – j'ajouterai, pour anticiper ce qui pourrait bien être le fin mot de l'affaire : y « croire » ou ne pas y croire. Mais disons plus
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Communication dans un congrès
Journées d'étude Le "monde-Musique" de François Nicolas, Apr 2016, Paris, France
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Contributeur : Laurence Leroux <>
Soumis le : mercredi 13 décembre 2017 - 14:57:43
Dernière modification le : mercredi 21 février 2018 - 16:40:07

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Antoine Bonnet. Le "monde-Musique" de François Nicolas est-il (encore) le nôtre ?. Journées d'étude Le "monde-Musique" de François Nicolas, Apr 2016, Paris, France. 〈hal-01662862〉

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