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Pour une théorie des publics

Résumé : La seconde édition de ce livre blanc consacré à la mutation des relations presse dans le contexte du numérique est un véritable succès. Avec 656 contacts qui ont complété le questionnaire, nous avons là une étude qui non seulement témoigne de l'intérêt des professionnels pour la question numérique mais qui offre donc un panorama relativement représentatif des pratiques sur le sujet. Que constatons-nous à la lecture des résultats ? Cette seconde édition vient dans le fond confirmer les propos tenus dans le premier livre blanc, intitulé Des relations presse aux relations publics, chronique d'une révolution en marche. Car c'est bien la question des publics et de la multiplication des publics comme interlocuteurs dans les relations médias qui devient la norme en termes de pratiques professionnelles. Je ne prendrai que les réponses les plus significatives à deux questions pour illustrer ce phénomène. à la question, d'après vous, parmi les activités suivantes, quelles sont celles qui relèvent actuellement des relations médias ? Si 99 % des répondants disent que ce sont encore les relations avec les médias traditionnels, 89 % évoquent les relations avec les blogueurs comme deuxième pratique professionnelle majeure. De même, à la question, quels changements les relations médias vont-elles connaître dans les 10 ans à venir ?, les répondants expriment à 92 % que les relations médias vont devoir se professionnaliser en matière de réseaux sociaux pour proposer des prestations de Community Management. Ces tendances viennent une nouvelle fois souligner l'évolution des relations publiques vers les relations publics, comme l'a suggéré le Syntec RP en 2011 par le biais de son ancien président, Thierry Wellhoff. Ce qui devient central dans les relations médias, ce serait donc notre capacité à bâtir une théorie des publics. Si les relations publiques sont désormais publics, il s'agit de qualifier ce qu'est un public et de comprendre ses dynamiques. Si ce n'est ici ni le lieu ni le moment de poursuivre plus longuement cette question, je développerai prochainement cette idée à la lumière de deux auteurs majeurs de par leur réflexion sur le sujet que sont Gabriel Tarde et John Dewey. Gabriel Tarde, juriste, sociologue et philosophe français (1843-1904) dans ses articles Le Public et la foule et L'Opinion et la conversation, montre le passage de l'ère des foules à l'ère des publics en expliquant le rôle des médias dans cette mutation. Il propose notamment un modèle linéaire dans lequel les médias alimentent les conversations qui permettent la formation de l'opinion et qui permettent ensuite l'action. La pierre angulaire de la formation d'un public et donc d'une opinion publique est la conversation… qu'elle se fasse dans les salons littéraires des Lumières ou sur le web pourrions-nous ajouter. Je citerai également John Dewey, psychologue et philosophe pragmatique (1859-1952), qui publie en 1927 Le public et ses problèmes. Dewey apporte une définition tout à fait intéressante du public qui permet quasiment de fonder une stratégie de relations avec les publics. Selon lui, un public est un groupe de personnes qui fait face à un problème similaire, reconnaît que ce problème existe et s'organise pour faire quelque chose à propos de ce problème. Le rôle des médias est alors d'accompagner la construction des publics en publicisant ce qui les relie et en accompagnant la formation d'une opinion par la conversation. Tout un programme de relations publics ? Bruno Chaudet Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication PREFics EA 7469 Université Rennes 2 POUR UNE THÉORIE DES PUBLICS BILLETS En 2015, le Leading Edge Forum, un laboratoire de veille technologique de la Computer Sciences Corporation, société américaine de services en ingénierie informatique, publie un rapport de prospective annonçant sept disruptions majeures. Parmi les ruptures annoncées, deux concernent la communication : La première rupture est celle qui fait de toute personne un « média » au sens littéral, c'est-à-dire, un médium, un milieu, un moyen, un intermédiaire. Désormais, les intermédiaires (diffuseur, producteur..) tendent à s'effacer au profit d'un rapport direct au média : nous sommes tous devenus des journalistes en puissance, et quand nous nous trouvons au coeur de l'événement, nous dégainons notre smartphone pour filmer ou photographier la scène. Nous assistons à la « captation de l'information » par la masse : une manière de revoir le punctum barthésien à l'heure de l'hyper-communication. Ainsi, qu'en est-il de l'artiste capable de devenir une star de la musique après s'être produit dans sa salle de bain et avoir publié sa video sur Youtube ou encore de cet auteur inconnu qui sans éditeur, s'auto-produit sur Amazon. Ainsi, s'ouvre une ère nouvelle dans laquelle nous sommes nous-mêmes les médias : non seulement nous sommes détenteurs de l'information, mais en plus, nous en sommes le vecteur-le média-en la transmettant de manière efficace, rapide et peu coûteuse via le Net. La seconde rupture peut apparaître comme une conséquence de la première puisqu'il s'agit de rappeler que dans un contexte hyper-communicant, nous érigeons de plus un plus une culture de la transparence : plus on publie sur les réseaux sociaux, moins on assure notre intimité. De ces deux points se dégage une question, jetée tel un défi lancé à la face de la déontologie : n'importe qui doit-il tout dire ? Le fait que tout individu est capable de se faire le relais de l'information à grande échelle, de manière rapide et sans aucun critère de véracité, nous invite à réfléchir sur notre rapport à la vérité de l'information et à la pertinence de sa diffusion. Aussi, s'il est un enjeu du monde hyper-communicant dans lequel nous évoluons, c'est bien de pouvoir revenir aux fondations de la vérité de l'information et bien plus encore : de se faire les garants de cette vérité. Si nous sommes tous médias ; nous ne sommes pas tous capables, en revanche, de vérifier la véracité des dires diffusés. En ce sens, il ne faudrait pas confondre la liberté d'expression avec ce que j'appelle une liberté de monstration : informer est un devoir ; tout montrer est une hérésie. L'heure est donc à la post-truth. Intéressant néologisme, élu mot de l'année 2016 dans les dictionnaires d'Oxford, pour traduire cette nouvelle « ère de la post-vérité ». Si l'on en croit la définition qu'on trouve sur internet, il s'agit par-là de : « décrire l'évolution des interactions entre la politique et les médias au XXI e siècle, du fait de la montée en puissance de l'usage social d'internet, notamment de la blogosphère et des média sociaux. Apparus aux États-Unis en 2004 et utilisés depuis de façon équivalente, ces néologismes désignent plus particulièrement une culture politique au sein de laquelle les leaders politiques orientent les débats vers l'émotion en usant abondamment d'éléments de langage et en ignorant (ou en faisant mine d'ignorer) les faits et la nécessité d'y soumettre leur argumentation, ceci à des fins électorales »1. Ainsi, le développement des usages numériques dans un contexte hyper-communicant où chacun se veut être un média potentiel, vecteur d'information, nous invite plus que jamais à être attentif à ce que devrait être une «éthique communicationnelle » (au sens où Habermas évoque son « éthique de la discussion ») où il s'agit de sortir du « solipsisme transcendantal » (Otto Apel) pour s'ouvrir à l'autre dans un registre de rationalité : une rationalité qui se veut aussi esprit critique, capable d'établir un critère d'authenticité et de véracité du discours. Gageons que l'heure de la post-truth soit dépassée par l'avénement de quelque chose qui n'a rien d'inédit, qui ne relève d'aucun phénomène de mode, qui n'est ni innovant, ni révolutionnaire et qui est aussi vieux que peut l'être la pensée : la recherche de la vérité. Elsa Godart philosophe, psychanalyste, universitaire auteur de « je selfie donc je suis »
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Contributor : Laurence Leroux <>
Submitted on : Tuesday, April 9, 2019 - 3:18:52 PM
Last modification on : Tuesday, March 31, 2020 - 11:18:03 AM

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  • HAL Id : hal-02094251, version 1

Citation

Bruno Chaudet. Pour une théorie des publics. Des relations presse aux relations publics : La révolution continue, Livre blanc du Synap,, SYNAP (Syndicat National des Attachés de Presse et des Conseillers en Relations Publics), pp.24, 2017. ⟨hal-02094251⟩

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